Plus que jamais, la logistique urbaine trouve sa place au cœur des politiques publiques. Plans d’actions, chartes, appels à manifestation d’intérêt constituent une première étape qui annonce à la mise en place d’initiatives précises, afin de faire de la logistique urbaine une réalité.

Il y a encore peu, la logistique urbaine était l’apanage des grandes métropoles : Paris, Lyon, Bordeaux ou Nantes par exemple. Depuis 2 ou 3 ans, et surtout lors de l’année 2023, les villes ou métropoles de taille intermédiaire se sont intéressées à ce sujet. Les raisons sont multiples.

La redynamisation des centres villes passe par un apaisement et une piétonisation de quartiers de plus en plus étendus, même dans des villes de taille moyenne. La livraison des commerces constitue alors un enjeu de service et d’intégration dans l’espace public.

Les orientations environnementales afin de réduire les émissions de polluants locaux et de gaz à effet de serre ne se limitent pas aux grandes métropoles.

Chartes et plans d’action en première ligne

Les initiatives locales ne manquent pas. Sous l’impulsion du programme InterLUD, de nombreux EPCI[1] comme Rouen Métropole, Pau Agglomération, ou encore Melun Val de Seine et l’agglomération Val d’Yerres Val de Seine préparent des chartes de logistique urbaine. Un plan d’action précis, qui constitue une véritable feuille de route du territoire, est associé à ces chartes. Les objectifs assignés sont d’améliorer l’efficacité des livraisons urbaines et de mieux décarboner la logistique du dernier kilomètre.

Mais les villes-centres sont aussi de plus en plus souvent directement impliquées dans la mise en place de solutions opérationnelles. Ainsi, Chartres ou Mulhouse accompagnent des initiatives concrètes de livraison du dernier kilomètre.

A un autre niveau, les régions peuvent compléter ces initiatives locales par le financement de projets de logistique urbaine. Ainsi, la région Ile-de-France, dans le cadre d’un AMI Fret et Logistique déployé en 2023, doté de plus de 6 M€, apporte son soutien à 14 projets de logistique urbaine.

Le 4ème CILOG montre la direction

Le 4ème Comité Interministériel de la Logistique, qui s’est tenu le 22 décembre 2023, a réaffirmé les orientations de l’Etat afin de soutenir la décarbonation du dernier kilomètre. Les décisions prises à cette occasion concernent tout d’abord l’aide à l’acquisition de Poids-Lourds électriques. Un programme doté de 60 M € à cet effet a été déployé en 2023. Il est reconduit en 2024 et augmenté à 130 M€.  Ce CILOG a été l’occasion de rappeler l’engagement de l’Etat dans 3 programmes de Certificat d’Economie d’Energie ciblés sur la logistique urbaine : InterLUD +, Marguerite et Cyclocargologie. Autre sujet évoqué, l’implication du GART[2] dans les évolutions réglementaires facilitant le contrôle des aires de livraison afin d’en permettre la disponibilité pour les livreurs. La base nationale des réglementations locales de livraison, DiaLOG, qui prend la suite du projet BAC Ile-de-France[3], a été annoncée lors de ce CILOG.

Les aires de livraison : un sujet récurrent

Le stationnement des véhicules de livraison est un sujet qui apparaît dans les études locales de façon continue. Dans la plupart des villes, les véhicules effectuant des livraisons sont souvent contraints de stationner en double-file, au milieu de la rue, sur le trottoir, afin d’être au plus près du point de livraison. Les aires de livraison proposées par les villes sont souvent occupées par d’autres véhicules, et parfois trop courtes ou trop éloignées. Des villes de plus en plus nombreuses, qui ont pris conscience de la nécessité de mieux organiser cette fonction indispensable au territoire, prennent des initiatives dans le sens du partage et de la connaissance de ces aires. Ainsi, Levallois-Perret a mis en place un observatoire permettant de suivre l’usage d’une quarantaine d’aires de livraison. Cette analyse s’appuie sur l’utilisation d’une solution intelligente du stationnement développée par une start-up française, Cocoparks.

D’autres villes, comme Mulhouse ou Lorient, ont pris l’initiative de cartographier les aires de livraison en open data afin de pouvoir plus facilement partager ces données avec les outils numériques utilisés par les opérateurs.

Les villes incitent au partage

La ville flamande de Malines fait figure d’exemple. Afin d’accélérer la transition énergétique, la ville a décidé, dans le cadre d’un test, de prêter aux opérateurs de la livraison du dernier kilomètre et aux artisans des vélocargos et des véhicules électriques. Si les offres de véhicules partagés, comme celle de Clem’ à Paris, permettent de réduire le nombre de véhicules en circulation, les initiatives publiques de prêt de véhicule sont encore rares.

La logistique urbaine ne peut pas être déconnectée des politiques publiques. Les opérateurs de livraison du dernier kilomètre, qui ne manquent pas d’initiatives afin d’apporter des solutions décarbonées, s’inscrivent alors dans ce cadre.


[1] Etablissement Public de Coopération Intercommunale

[2] Groupement des autorités responsables de transport

[3] Projet financé par la région Ile-de-France et réalisé par MC Ledger, Logicités et ELV Mobilités