Favorisées par l’essor des smart cities, les offres de robots terrestres de livraison apparaissent dans de nombreux pays. A quels usages ces solutions peuvent-elle répondre ? Quels sont les freins à leur mise en œuvre ?

Encore peu déployés en France, les robots de livraison terrestres dits « de service » (RaaS pour « Robot As A Service ») ont dépassé le stade de l’expérimentation en Asie et en Amérique. Ainsi, la société Starship a franchi le cap du million de livraisons du dernier kilomètre accomplies grâce à des petits robots autonomes circulant sur les trottoirs. En Chine, JD.com a déployé plus de 100 robots à Changshu en octobre 2020 et s’est fixé comme objectif d’en mettre en circulation 100 000 en 5 ans.

Un robot peut en cacher un autre

Lors du webinar « La livraison robotisée autonome est-elle réalisable ou envisageable en France dans un futur proche ? » organisé par Neoma Business School le 28 janvier dernier, l’industriel français TwinswHeel a détaillé les trois types de robots terrestres appartenant au segment de marché des smart cities, que la startup appelle droïdes (à l’instar de Star Wars !).

  • Les robots contrôlés à distance

La personne qui contrôle à distance depuis un ordinateur doit disposer du permis de conduire afin de faire respecter au robot la réglementation de la voirie.

  • Les robots « autonomes »

Les robots autonomes ne peuvent circuler que sur des « routes » définies et validées par les autorités. Bien qu’ils ne soient pas contrôlés à distance, ils doivent suivre une route imaginaire, et leur contrôle doit être repris en main lorsqu’ils traversent une route. TwinswHeel est aujourd’hui la seule entreprise autorisée en France à faire circuler des droïdes autonomes, actuellement en test à Montpellier.

  • Les robots suiveurs

Pouvant atteindre une capacité en charge de 300 kilos, les robots suiveurs (mode « follow me ») permettent d’assister les livreurs à pied (mode de livraison abordé dans un récent article). En France, le robot suiveur Effidence a été testé dans 6 villes entre avril 2018 et juillet 2019.

Il existe ainsi une grande diversité de robots terrestres adaptés à des usages multiples de livraison du dernier kilomètre.

Une solution pour la logistique urbaine ?

La capacité de chargement des robots est variable, de 40 à 300 kilos pour l’offre de TwinswHeel. La consolidation des flux étant un levier majeur pour décongestionner l’espace public, réduire le bruit et la pollution, ces robots génèreront-ils au contraire des flux supplémentaires en ville ? En prévision de ce risque, la ville de San Francisco a interdit la circulation de robots de livraison, craignant une surutilisation des trottoirs.[1]

Certaines solutions de livraison du dernier kilomètre, comme celles de Starship sur les campus universitaires américains, exclusivement ciblées sur la livraison de repas, multiplient au contraire les flux de livraison.

Se pose également la question de la qualité du service de livraison. Bien qu’il existe des robots de livraison humanoïdes expérimentaux, comme le concept imaginé par Ford,[2] la livraison de colis par les droïdes s’arrête généralement en bas des immeubles. La livraison à domicile n’est alors possible que si un livreur (un humain …) reprend le colis et effectue les derniers mètres ou étages. Dans le cas contraire, la qualité du service se trouve dégradée, le destinataire devant se déplacer sur la voirie pour récupérer le colis attendu. La sécurité des destinataires, lorsqu’ils retirent leurs colis sur la voie publique, peut également être altérée.

A l’inverse, le mode « follow me » des robots permet de favoriser les livraisons à pied. Cette innovation augmente l’efficience des tournées en transportant plus de colis et réduit la pénibilité du travail des livreurs, notamment en cas de charges lourdes. Les robots suiveurs permettent peut-être de palier aux carences de main-d’œuvre dans certains pays.

D’un point de vue environnemental, plusieurs études montrent que les robots de livraison autonomes à batterie électrique sont une alternative bas carbone intéressante, en considérant l’analyse du cycle de vie du robot ainsi que le mode de production de l’électricité qui l’alimente. Ainsi, dans un rayon de 3km, les robots autonomes de livraison circulant sur trottoir sont plus efficaces que les fourgons électriques si le nombre de clients à livrer est relativement faible..[3]

Adaptée à la livraison de colis ou de courses alimentaires, la livraison en robot restera complémentaire à d’autres modes de livraison. En effet, tous les flux massifiés de marchandises comme la livraison de palettes auprès du réseau CHR ou des supermarchés ne pourrons pas être remplacés par des robots.

Des freins au déploiement des droïdes

Face aux nombreux usages qu’offrent les robots de livraison, le cadre réglementaire évolue. Certains pays ont pris des initiatives dans ce sens. Lors du CES, abordé lors d’un article récent, le ministère britannique des transports avait annoncé des évolutions réglementaires afin de favoriser l’usage de ces robots et surtout attirer l’énorme filière industrielle à venir, génératrice de nombreux emplois.

Il reste toutefois de nombreuses questions à éclaircir dans le cadre légal français. Il faudra notamment placer cet objet technique dans le code de la route : doit-il circuler sur les trottoirs à 6km/h ou sur la chaussée ?

Les limitations de poids et de vitesse doivent également être définies, de manière à ce que la circulation des robots ne soit pas dangereuse pour les autres usagers, et ce en fonction des conditions météorologiques. Il peut en effet techniquement être difficile de stopper un robot de 300 kg sur une chaussée glissante en pente… A ce jour en Europe, seule l’Estonie a adapté son code de la route pour le partage de l’espace public entre humains et robots.

Plus délicate, l’acceptabilité sociale et éthique de l’utilisation de ces nouvelles technologies restera vraisemblablement un frein à leur déploiement.

Filière industrielle en devenir, avec des enjeux majeurs, la robotique urbaine laisse entrevoir des solutions pour la livraison du dernier kilomètre mais pose aussi de nombreuses questions servicielles, sociales, sécuritaires et réglementaires.


[1] https://www.forbes.com/sites/bradtempleton/2021/01/27/starship-delivery-robots-complete-one-million-deliveries-to-become–2-autonomous-transport-company/?sh=bc5e54819da5

[2] https://www.youtube.com/watch?v=t19E4st0O3s

[3] P. 35 – https://www.lvmt.fr/wp-content/uploads/2020/11/TOUAMI-m%C3%A9moire-version-chaire.pdf